Chronique ~ Sofonisba Anguissola (1535 - 1625)

Sofonisba Anguissola est née vers 1535 dans une famille aisée de Crémone, en Italie. La situation financière et sociale de ses parents explique, au moins en partie, l’éducation humaniste qu’elle reçut. Son père encourageait largement ses enfants, dont Sofonisba bien sûr, à développer leurs talents artistiques. Présenter son Auto-portrait avec Bernardo Campi est sans doute le meilleur moyen de présenter sa créativité, sa personnalité et son audace.



Sofonisba Anguissola, "Auto-portrait avec Bernardo Campi"


Dans ce tableau, elle utilise un autoportrait pour décrire la particularité de son double statut de femme et de peintre de la Renaissance. Plus précisément, elle réalise une étonnante mise en abyme et dépeint son maître alors qu’il travaille sur un portrait de sa jeune apprentie. Il est intéressant de se pencher sur cette oeuvre pour saisir l’ingéniosité et le talent de Sofonisba Anguissola, en tant que femme et artiste de la Renaissance tardive.


À première vue, l’homme, Bernardo Campi, est représenté comme la figure principale de la composition. En effet, alors que ses traits sont vivants, elle n’est guère plus qu’une représentation figée. Il est actif, elle est passive. Elle semble donc explicitement diminuer sa présence par rapport à celle de Campi, comme si elle acceptait le rôle passif joué par les femmes au sein de la société de son époque.


Toutefois, Sofonisba Anguissola expose des moyens ingénieux afin de nuancer voire retourner son infériorité apparente. En effet, d’abord en termes de composition, l’homme est nettement plus petit et plus bas que le portrait. En outre, elle souligne de manière implicite sa capacité à peindre les deux personnages tandis que Campi ne dépeint qu’elle. D’ailleurs, la représentation de son maître par Sofonisba est bien plus vivante que son propre portrait, signe de sa supériorité artistique. Finalement, le pinceau fin qu’elle place dans la main de son maître est un signe de timidité et d’inexpérience pour un peintre, ce qui continue également à asseoir sa supériorité.

Ainsi, à une époque où la place de la femme dans la société est synonyme de passivité, Sofonisba Anguissola parvient à exposer, en toute discrétion mais aux yeux de tous, son talent et son inventivité.


Suite à son apprentissage auprès de Bernardo Campi, Sofonisba s’impose comme une portraitiste brillante dont le style se rapproche du maniérisme. Elle fréquente les artistes de la cour de Mantoue et s’initie aux miniatures à Parme. En 1559, elle devient dame d’honneur d’Isabelle de Valois à la cour d’Espagne. Elle lui enseigne le dessin et poursuit son activité de peintre, bien que son origine sociale élevée ne lui permette pas de devenir artiste de cour. Elle finit sa vie entre la Sicile et la Lombardie, au gré de ses mariages et avec une production artistique plus limitée.






### English Version ###



Sofonisba Anguissola was born around 1535 in a wealthy family of Cremona, Italy. The financial and social situation of her parents explains the humanist education she received. Her father widely encouraged his children, including Sofonisba, to develop their artistic skills.



Sofonisba Anguissola, "Self-portrait with Bernardo Campi"



In the painting you can observe above, she uses self-portraiture to describe her peculiar status as a female painter of the Renaissance. More precisely, she achieves a painting in a painting and depicts her master working on her own portrait. It is interesting to focus on this artwork in order to grasp the Sofonisba Anguissola’s genius and talent as a female artist of the late Renaissance.


At first sight, the man, Bernardo Campi, is represented as the most prominent figure of the composition. Indeed, while his traits are lively, she is nothing more than a frozen representation. He is active, she is passive. Thus, she seems to openly diminish herself compared with Campi, as if she was accepting the passive role endorsed by women in the society of the time.


But on the other hand, Sofonisba Anguissola finds remarkable ways to qualify her apparent inferiority. Indeed, first in terms of composition, Bernardo Campi is much smaller and lower than her portrait. Furthermore, she implicitly underlines her ability to paint both characters whereas Campi only depicts her. By the way, her representation of Bernardo Campi is much more lively than her own portrait, which is a sign of her artistic superiority. Eventually, the thin brush she places in her master’s hand is a sign of timidity and inexperience for a painter, which also contributes to her superiority.

Therefore, at a time when the place of women inside the society was tantamount to passivity, Sofonisba Anguissola manages to expose, both in secrecy and before everyone’s eyes, her talent and her inventiveness.


After her apprenticeship with Bernardo Campi, Sofonisba becomes a brilliant portraitist whose style is close to mannerism. She meets court artists from Mantua and learns how to paint miniatures in Parma. In 1559, she is made maid of honour for Elisabeth of Valois at the Spanish court. She teaches drawing to the queen and continues her painting activity, although her high social origin prevents her from becoming an official court artist. Her life ends between Sicilia and Lombardy, depending on her weddings and with a limited artistic production.

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François Santuitart
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